| Fringants vins blancs ibériques
Terre de tradition viticole, la péninsule ibérique excelle dans la production de grands vins rouges. Rioja, Priorat, Ribera del Duero, Porto… À l’évocation de ces noms, le regard des amateurs s’illumine. Et c’est vrai qu’il y a de quoi s’enthousiasmer pour les grands vins espagnols et portugais. Mais la péninsule ibérique est aussi, c’est moins connu, une terre de blancs. Sans avoir la même notoriété internationale, ils enchantent nos palais. Lorsque je déguste les vins blancs d’Espagne et du Portugal, je suis toujours attentif à leur fraîcheur, à leur équilibre en bouche. Ces climats ensoleillés ne sont pas en effet les mieux adaptés pour faire de grands vins blancs de terroir. Il faut donc, absolument, privilégier cette notion d’équilibre. Un équilibre que l’on trouvera par exemple en Galice, au nord-ouest de l’Espagne. De par sa situation géographique et son encépagement, cette région possède nombre de terroirs capables de répondre à cette adéquation entre maturité et fraîcheur. En Galice, les blancs se montrent fringants et tendus par une belle acidité naturelle. Parmi les Dénominations d’origine (DO) de ce vignoble, l’appellation Rías Baixas, au nord de Vigo, en bordure de l’Atlantique, mérite notre intérêt. Avec 1 300 mm de précipitations annuelles, les conditions climatiques sont loin d’être idylliques, mais si vous avez la chance de goûter les vins produits par un domaine sérieux maîtrisant rendements et maturité du raisin, vous passerez un excellent moment. Dans la sous-région du O Rosal, vous trouverez quelques-unes des plus belles expressions du cépage albariño. Parfaitement adapté à ce terroir à dominante granitique, l’albariño (ou alvarinho dans la région voisine des vinho verde, au Portugal) se distingue par sa fraîcheur, ses notes d’agrumes, de fleurs blanches, de pomme verte, d’épices douces et sa pointe minérale. Le domaine galicien de Terras Gaudas, à Pontevedra, est, à mon sens, celui qui a le mieux compris la personnalité de l’albariño. Il en produit deux éclatantes cuvées. Son Abadía de San Campio 2004 se révèle fruité, flatteur, avec des nuances de pomelos et de citron, le tout souligné par une minéralité cristalline. Ce vin apparaît vif, pointu et désaltérant. Il est parfait à l’apéritif, avec du poisson cru ou encore de petites fritures. La cuvée Terras Gauda est élaborée dans le pays d’A Guardia, sur les rives du Miño, qui marque la frontière nord avec le Portugal. Elle se révèle plus intense, ample et ronde, tout en gardant cette colonne acide qui lui donne dynamisme et persistance. Un vin précis et savoureux, assemblé à partir de 80 % d’albariño et 20 % de loureiro et caiño blanco. Franchissons la frontière et passons en terre portugaise, au pays du vinho verde. Nous arrivons dans le secteur des vins du Minho, dans la vaste appellation Vinho Verde délimitée dès 1908 et riche de six districts. C’est dans celui de Ponte de Lima que j’ai été le plus impressionné par les blancs portugais. Notamment par les vins de la Quinta do Ameal. Ces vinho verde sont élaborés à partir de 100 % de loureiro, un cépage qui apporte plus de gras et d’ampleur que l’alvarinho. La cuvée Loureiro 2004 est, sur ce point, exemplaire. D’une grande fraîcheur, dotée de belles notes d’agrumes et de fleurs blanches, elle possède une bouche ronde et harmonieuse. Le 2001 est superbe, avec sa palette aromatique évoluant sur le miel et l’acacia, l’ananas et l’amande. Persistant à souhait, d’un joli volume, à la finale aux saveurs de citronnelle, ce vin a de quoi réconcilier l’amateur avec un vinho verde souvent jugé médiocre.
Olivier Poussier pour la Revue du Vin de France - novembre 2005 |