| Silex ou calcaire, aimez les sancerres ! Vaste appellation du Cher, Sancerre jouit d’une réputation internationale. Mais ici, comme dans bien des vignobles français, les vins sont hétérogènes. Lors du dernier Salon des vins de Loire, à Angers, j’ai une nouvelle fois mesuré le fossé qui sépare l’élite du tout-venant. Et une fois encore, je me réjouis du travail réalisé par les plus talentueux vignerons du Sancerrois. Toujours en quête d’absolu, ces hommes cisèlent aujourd’hui de splendides cuvées parcellaires dignes de leurs grands terroirs, où il est passionnant de distinguer les expressions nées du calcaire et du silex. Le calcaire de Bué Honneur à François Crochet et à son sancerre blanc Le Chêne Marchand. Ce terroir calcaire du village de Bué, au sud de Sancerre, a la particularité de produire des vins sphériques et pleins, qui se démarquent des vins issus d’un sol de silex. Ce 2007 offre une parfaite osmose entre maturité et fraîcheur. Avec ses notes de yuzu (citron japonais) et de pomelos, le vin impose sa puissance. Toujours à Bué, place à l’innovation avec le domaine Vincent Pinard. En compagnie de ses deux fils Clément et Florent, Vincent a isolé deux terroirs : Le Chêne Marchand et le Petit Chemarin. Dégustés sur fût, les 2007 livrent des profils différents. Vin étoffé, Le Chêne Marchand affiche un caractère sudiste, mais la belle acidité du millésime lui ramène de la rectitude. Le Petit Chemarin, issu de terroir de caillottes (pierres calcaires du Sancerrois), s’exprime beaucoup plus sur le minéral. Pur et cristallin, ce superbe vin gomme l’expression variétale du sauvignon. La fermentation en barrique lui donne beaucoup d’éclat. À noter aussi, l’ultime variation du Chêne Marchand, avec cette cuvée signée Lucien et Gilles Crochet. Le 2007 se montre complet, puissant et persistant. Les Monts Damnés de Chavignol Partons maintenant sur les coteaux calcaires de Sancerre. À La Moussière. Là où les Mellot, dans une sélection parcellaire, ont créé la cuvée Génération XIX. Racée, épicée, elle développe un fruité intense. De chez les Mellot, il est facile, comme chacun sait, de passer sur les terres de Didier Dagueneau, à Chavignol ! Là sont produits ses fameux Monts Damnés. Le célèbre vigneron de Pouilly-Fumé a réussi ici un incroyable 2007, encore plus vif et tonique que le grand 2006. Plus au nord, à Maimbray, le domaine Nicolas et Pascal Reverdy nous révèle une autre expression du calcaire avec des Anges-Lots 2007. Assemblage de terroirs, voilà un sancerre ciselé. Les silex de Sancerre Faisons maintenant parler le silex. Retournons à Sancerre, au domaine Vacheron. La cuvée Les Romains 2006, sincère et savoureuse, a bénéficié d’une vinification en cuve bois. Cela lui donne plus de largeur, car le silex a tendance à produire des vins très serrés. Les Romains du domaine Alphonse Mellot dévoile une définition plus ample et ronde, tout en restant minérale. Un boisé judicieux en souligne le fruit éclatant. Après ces dégustations, j’avoue avoir du mal à départager les meilleurs sancerres issus de calcaire ou de silex. Alors, faites comme moi : aimez-les tous !
La Revue du vin de France mai 2008 |